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L’existant comme matériau - Transformation de la caserne Chavildan, Paris 16e

d’Architectures n°333, avril 2026
Texte: Karine Dana



“ La reconversion de cette ancienne caserne militaire révèle combien il est aujourd’hui essentiel de travailler en site occupé et dans la durée. En s’appuyant sur une occupation temporaire pendant la phase d’étude et en faisant de la parole un véritable outil de projet, l’agence Brunnquell & André parvient à concrétiser des ambitions souvent formulées, mais rarement poussées aussi loin dans les contextes de transformation : pratiquer le réemploi sans le normaliser, mutualiser les espaces et gérer les communs, inventer une programmation à partir des qualités propres du lieu, et explorer des manières d’habiter hors des cadres du logement standard.

Au commencement de l’histoire, une équipe de maîtres d’œuvre enjouée composée de deux agences d’architecture – Brunnquell & André et Atelier Bow-wow (basé à Tokyo) – et d’une paysagiste, Mélanie Drevet. Ensemble, ils mènent une petite étude de faisabilité pour Paris Habitat alors que la caserne est encore occupée par les gendarmes. Naît alors rapidement l’idée d’un programme multiple, culturel et social avec l’envie de profiter de ce sol commun vaste et aéré.

Construits entre 1907 et 1909 par Julien-Michel Morize, les bâtiments occupent une position singulière dans le tissu dense du boulevard Exelmans dans l’Ouest parisien. Organisée autour d’une grande cour intérieure – l’ancienne place d’armes –, la caserne n’est pourtant pas une enclave. Pensé pour l’ordre et la discipline, le plan d’ensemble profite néanmoins d’une organisation poreuse conférée par ses structures bâties libérées sur leurs quatre façades, laissant filer vents, passages et vues aux arrières. Ainsi, l’ensemble se compose de six bâtiments : un « château urbain » sur rue, deux ailes symétriques de logements, le bâtiment de l’horloge abritant les anciennes écuries, un pavillon des bains et un immeuble de logements des années 1980 venu refermer une parcelle autrefois ouverte. Pierre de taille, meulière, briques, épais planchers sur lambourdes et charpentes généreuses constituent un bâti robuste, caractérisé par son intelligence constructive. « Par l’observation fine de l’existant, nous nous sommes vite rendu compte qu’il y avait de vraies “histoires” à apprendre et à transmettre, raconte Xavier Brunnquell. Tomettes sur les surfaces irrégulières, zingueries, ventilation, absence de mastic, tout était bien pensé et bien construit. Un intérêt commun à révéler ces savoir-faire et à les prolonger s’est alors mis en place. » Très rapidement aussi, le projet prend un tournant décisif alors que la caserne est désertée en 2019 et devient temporairement un lieu d’hébergement d’urgence porté par l’association Aurore. [...] ”